Ordre Franciscain Séculier

Ordo Franciscanus Sæcularis

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Ordo Franciscanus Saecularis
Consilium Internationale
COMMISSION FAMILLE
Silvia Diana OFS

Traduction : Michèle Altmeyer OFS

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VIE FAMILIALE, MARIÉE À QUELQU’UN QUI N’APPARTIENT PAS À L’OFS

Chelito Núñez, OFS
À propos de mon expérience personnelle...


J’ai fait profession dans l’OFS à peine âgée de 15 ans, cherchant à vivre une expérience de foi qui me permettrait d’approfondir de plus en plus ma foi chrétienne. Dès mon enfance, j’étais proche du charisme franciscain, ayant étudié dans des écoles franciscaines, et aussi parce que ma mère était dans l’OFS. Je suis devenue "cordígère" à l'âge de 9 ans. Aussi, quand j’ai rencontré Richard à 18 ans, je lui ai dit que j’étais déjà amoureuse, de l'Ordre.


Ce récit de mon expérience personnelle se base sur le profond mystère de l'amour qui se noue entre un homme et une femme quand ils s’aiment et décident de partager leur vie ensemble, bénis par le sacrement du mariage. Ce chemin n’est pas toujours facile, car il faut "se battre" pour que cet amour ne devienne pas possession ou domination l’un par l’autre. Cette relation d’amour doit être établie sur le respect et la compréhension de ce que chacun porte comme bagage et qu’il devra partager avec son partenaire. Il n’y a aucun doute, mon expérience personnelle le confirme : quand il y a un véritable amour, l’amour peut tout !


Quand nous parlons d’AMOUR, nous entendons l’AMOUR que Jésus lui-même nous a enseigné, considérant ce mot qui dérive du grec : EROS et AGAPE, c’est-à-dire égoïsme et partage, réception et donation. Et ainsi, partant de ce véritable amour, nous avons cherché à construire notre famille, sûrs que Dieu nous aiderait à vivre selon nos engagements les plus sincères : être fidèles à notre saint mariage, à travers l’écoute, la compréhension et la disponibilité à apprendre l’un de l’autre. C’est beau de voir que si le centre de notre vie est le Christ lui-même, Lui est là pour nous soutenir dans les moments de joie et de tristesse, de célébration et d’obscurité. (Combien cela nous a inspirés, et combien nous avons été confortés, en vivant l’Eucharistie avec nos enfants).


Dès le début de notre mariage, il était clair que l’appartenance à ma fraternité OFS était très importante pour moi... cependant, ce n’était pas facile de tenir l’engagement de participer à la vie de la fraternité (CG 53.3), parce que c’était le temps où la priorité était aux "enfants" qui arrivaient. Cependant, d’une façon ou d’une autre, j'ai toujours été en contact avec les frères de ma fraternité, les soutenant comme je pouvais. Heureusement, mon mari comprenait de mieux en mieux mon sens de l'appartenance à mon OFS. De la même manière que j’ai respecté et apprécié ses différentes "passions" (radioamateur, astronome amateur...), il respectait et comprenait ma passion pour l’Ordre.

C’est évident qu’aujourd’hui, après cinquante ans de mariage, et après le triste et très récent départ de mon cher Richard pour le royaume des cieux, je peux voir clairement les années vécues ensemble, la croissance de notre maison et comment notre relation de mariage a mûri avec le temps.
L’amour conjugal n’a rien à voir avec de purs "sentiments", il est basé sur la volonté et la détermination personnelle de traverser tous les obstacles avec la ferme intention d’être ensemble pour toujours ; en gardant présent à l’esprit que l’amour mutuel n’est pas une chaîne, puisqu’il jouit de la liberté que l’amour lui-même provoque. “Les sentiments vont et viennent. Ils peuvent être une merveilleuse étincelle initiale, mais ils ne sont pas la totalité de l'amour” (Encyclique Dieu est Amour, Benoît XVI).

Mon mari n’était pas franciscain séculier, mais à travers moi, il se sentait toujours plus uni à l’OFS, se définissant "membre du Quatrième Ordre"... celui auquel les maris non franciscains appartiennent avec amour ! Et tout comme notre amour a mûri dans le respect et la compréhension, nos activités très différentes ont consolidés un magnifique soutien mutuel. Mais nous sommes toujours restés attentifs à une bonne communication, et conscients que TOUT est toujours entre les mains de Dieu, Lui qui en définitive est Celui qui doit résoudre les dilemmes ! 

C'est une conclusion précieuse quand on découvre que Dieu est le commencement et le principe des projets que nous mettons dans ses mains.
Il n’y a pas de doute, dans notre cas nous aurions pu être considérés comme un couple "irrégulier", parce que nous étions des personnalités très différentes, mais "nous nous sommes complétés l’un l’autre". Nous avons découvert qu’il ne s’agissait pas d’avoir plus ou moins les mêmes goûts, mais de vivre avec la même échelle de valeurs, que nous voulions aussi transmettre à nos enfants. Cet enseignement devait être non seulement paroles, mais témoignage de notre vie, avec pour priorité de vivre avec honnêteté, sans mensonge ou feinte. 

En tant que franciscains, nous nous engageons à considérer la famille comme le premier lieu où vivre notre engagement chrétien et notre vocation franciscaine (CG art. 24). Cet article nous demande de donner place à l’intérieur de nos familles à la prière, à la Parole de Dieu et à la catéchèse chrétienne. Ce même article 24 recommande aux couples mariés de trouver dans la Règle OFS un appui solide pour leur propre cheminement de vie chrétienne, conscients que, dans le sacrement de mariage, leur amour participe de l'amour que le Christ a pour son Eglise.
Il convient de noter que ces orientations de notre législation s’adaptent parfaitement au projet de vie familiale que nous avons décidé dès le début de construire ; le dialogue et la compréhension mutuelle nous y ont aidés ; cela n’a pas toujours été facile, mais nous étions conscients que cela convenait le mieux à notre famille.

Je dois souligner que ma volonté de faire confiance et de tout abandonner à la volonté de Dieu faisait partie du bagage que j’ai apporté avec moi quand je me suis mariée. J’étais sûre que Lui nous mènerait de manière à pouvoir nous harmoniser avec patience, pour mûrir et nous consolider en tant que couple. C’est un fait, au fil des ans nous avons pu partager et nous soutenir mutuellement, dans le merveilleux équilibre entre tolérance et respect mutuel. Sans aucun doute, l’Eucharistie était pour nous centre et source de grâce!
En réfléchissant sur notre Règle et nos Constitutions, il est clair que mon mari Richard a compris que ce que nous vivions par mon appartenance à l’Ordre était une grâce de Dieu, car cela m’a toujours aidée à être une meilleure personne, une meilleure chrétienne, une meilleure épouse et une meilleure mère... et donc un sujet à contagion ! Tout cela, nous avons pu le voir dans le quotidien de notre vie familiale. Et c’est la raison pour laquelle non seulement mon mari, mais tous mes enfants, ont soutenu et respecté mon appartenance à l’OFS. (Notre fille a fait aussi profession dans l’OFS).

Les enfants sont bientôt entrés dans notre mariage, alors nous les avons enseignés, tout en apprenant à être parents. Les 20 premières années de notre mariage ont été très exigeantes.
Nous devions nous vouer aux obligations familiales et à notre travail professionnel. Et que la famille venait en premier lieu a toujours été clair pour nous.
Aujourd'hui, nous voyons comment au fil des ans nos enfants nous ont dépassés en vertus, et qu'en dépit des erreurs éducatives que nous avons pu commettre comme parents, ils nous ont remplis de fierté à tous points de vue ! Aujourd'hui, ils sont d'excellents enfants, frères et parents et s'efforcent d'être de bons chrétiens.


Exercice de la charité – service de l’amour

L'expérience de la charité, comprise comme reflet de l'amour du prochain, est essentielle à la vie du chrétien. D'où la nécessité de pratiquer la charité familiale dans la recherche du bien commun.
Une famille ne peut pas se renfermer sur elle-même, car elle cesserait d’être une expression sociale de la foi chrétienne.
Certains plus que d’autres ont une prédisposition à servir les nécessiteux trouvés "au hasard", selon la parabole du bon samaritain (cf. Lc 10, 31). Il n’est pas facile de s’ouvrir à l’autre, par la peur d’être pris dans des engagements qui pourraient nous dépasser, en temps et en capacités. 

D’où c’est aussi un devoir d’apprendre en famille qu’en tant que chrétiens nous devons être attentifs à l’autre parce que, il y aura toujours de la souffrance, qui réclame consolation et aide. Il y aura toujours de la solitude. De même, il y aura toujours des situations de nécessité matérielle, pour lesquelles une aide est indispensable, dans le sens d’un amour concret pour le prochain. (Encyclique Dieu est Amour n. 28.b)

Dans sa rencontre avec le lépreux, François d’Assise a affronté la souffrance humaine, qui l’a conduit à un changement intérieur radical qui, à son tour, l’a conduit à un changement de valeurs.
Sa conversion commence dans ce bel acte de charité, quand il reconnaît cet être comme un frère, différent, sale et malade. Et c’est un fait que presque toujours, chacun de nous a eu sa propre "rencontre fortuite", qui l’a fait changer de cap. Pour notre famille, une catastrophe naturelle vécue dans notre pays nous a motivés à assumer de lourdes responsabilités en faveur de ceux qui avaient subi de lourdes pertes. J’ai donc été sérieusement impliqué à la première personne, et mon mari et mes enfants sont venus avec moi,
apporter leur aide. Cette réalité qui nous a durement frappés nous a conduits à la vraie CONVERSION, qui est recherche de la communion avec les autres.

La charité se manifeste aussi quand l’individu remplit fidèlement son devoir de citoyen, quand il recherche la justice - avec amour - envers ceux qui nous entourent, quand il est impliqué dans la communauté dans laquelle il vit, quand il participe à la vie publique, quand il est capable de partager des situations et des difficultés.
Les obstacles que nous posons pour exercer la charité sont toujours un défi, car nous manquons de confiance en Dieu pour que ce soit Lui qui nous ouvre la voie quand nous nous mettons entre Ses mains.

Conclusion

C’est un grand défi que nous assumons, quand nous nous trouvons devant l’autel, et prêtons serment d’amour éternel. Là, nous partageons notre engagement, conscients que nous serons un exemple pour nos enfants. Mais avant tout, le Seigneur marche à nos côtés sur nos routes, toujours prêt à ouvrir la voie au vrai bonheur. Ce bonheur s’obtient quand l’amour devient COMMUNION, ce qui signifie porter l’Eucharistie dans les choses les plus petites de notre vie quotidienne, conscients qu’en tant que parents, nous devons former des hommes et des femmes au cœur pur.

Pour un partage en groupes :

1. Évaluer à quel point nous sommes conscients de l'engagement qui est le nôtre, en tant que parents, de former des hommes et des femmes "chrétiens", c'est-à-dire des disciples du Christ.

2. Si nous sommes profès dans l'OFS, nous devons rendre témoignage de notre vie en Christ. Réfléchir si laissons l’Évangile, et donc aussi notre Règle de l'OFS, nous modeler, en devenant cohérents dans notre vie familiale.

3. Partager quelques-unes de nos expériences de vie familiale, dans lesquelles notre vie de foi et le sens de l’appartenance à l'OFS se développent.

Août 2019.